
Les cueilleurs professionnels alertent sur les conséquences des canicules à répétition : une ressource fragilisée et une profession sous pression
Les épisodes de canicule qui se succèdent depuis plusieurs années, et particulièrement cette saison, ont des conséquences majeures sur les plantes sauvages et sur l'activité des cueilleurs professionnels. L'Association Française des professionnels de la Cueillette de plantes sauvages (AFC) souhaite alerter sur une situation préoccupante qui affecte à la fois les plantes sauvages, les filières qui en dépendent et les conditions de travail des professionnels.
Une temporalité du végétal profondément bouleversée
Après des épisodes de froid en mars-avril, le printemps 2026 a été le plus chaud jamais enregistré par Météo France. En conséquence, la végétation a présenté une avance de deux à trois semaines par rapport au calendrier habituel, ainsi qu’un raccourcissement de la saison de végétation et un chevauchement des périodes de récolte de nombreuses espèces. Les fenêtres de cueillette sont devenues beaucoup plus courtes. Là où la récolte de tilleul peut normalement durer une bonne semaine sur un site, en période de canicule elle peut se réduire à trois jours. Les cueilleurs doivent donc fournir les mêmes volumes en un temps beaucoup plus restreint, et jongler entre plusieurs espèces, ce qui pose des difficultés d’organisation parfois insolubles, et résulte en une incapacité à fournir les volumes de plantes prévus.
À ces difficultés s'ajoute une très forte incertitude sur les dates de maturité des plantes, car la réaction aux changements climatiques varie fortement selon les espèces et les milieux. Les repères acquis au fil des années deviennent ainsi de moins en moins fiables, compliquant considérablement la planification des chantiers de cueillette. Les écarts de maturité entre les sites de plaine et de montagne, qui permettent généralement d'étaler les récoltes dans le temps, se sont également réduits, limitant encore davantage la marge de manœuvre des professionnels.
Des ressources en plantes affectées par les changements climatiques
Les effets de la sécheresse sont désormais visibles sur de nombreuses espèces : dessèchement des fleurs (millepertuis, achillée, etc.), des feuilles (framboisier, frêne, hêtre, etc.), des fruits (mûres, myrtilles, etc.), ou encore mortalité des pieds (lavande, thym, etc.). Cela pose des problèmes d’approvisionnement et de qualité de la cueillette, mais fait aussi craindre une mortalité importante de certaines espèces dans les années à venir.
Au-delà de cette saison, c'est l'évolution même des milieux naturels qui inquiète les professionnels. Les milieux habituellement secs deviennent extrêmement secs (et de plus en plus exposés au risque d’incendie), tandis que les milieux humides s'assèchent progressivement, ce qui modifie profondément les biotopes. Le cas du thé d'Aubrac illustre bien cette évolution : cette plante, inféodée aux milieux forestiers frais et humides, est cette année très peu abondante et souvent totalement desséchée du fait du déficit hydrique.
Le métier de cueilleur est particulièrement vulnérable car, contrairement à la culture où une irrigation peut être mise en place, les milieux naturels ne peuvent pas faire l’objet d’une telle atténuation des effets du réchauffement.
Des conséquences économiques et humaines
Ces bouleversements se traduisent par une disponibilité moindre des plantes, une impossibilité à fournir certaines espèces, et donc des tensions dans l'approvisionnement.
Ils engendrent aussi un stress physique important pour les cueilleurs professionnels, car la concentration des périodes de récolte impose un rythme de travail intense, dans des conditions éprouvantes (ensoleillement, température). Il faut multiplier les déplacements, adapter en permanence son organisation et accélérer les cueillettes afin de ne pas laisser passer des fenêtres de récolte de plus en plus courtes, ce qui accroît la fatigue physique et mentale des cueilleurs.
Une responsabilité collective face aux changements
Les phénomènes observés cette année ne constituent pas des événements exceptionnels, mais les manifestations d'une évolution durable du climat, dont les conséquences se répercutent sur l'ensemble de la filière des plantes sauvages. Les entreprises acheteuses de plantes sauvages devront désormais composer avec ces difficultés (tensions sur la disponibilité des plantes, évolution des coûts de production, etc.). Il est essentiel que ces évolutions soient comprises et partagées par l'ensemble des clients, qu'il s'agisse des industriels utilisateurs de plantes ou des consommateurs.
Face à ces tensions, l'AFC appelle à privilégier une logique de solidarité et de responsabilité plutôt qu'une recherche systématique de solutions d'approvisionnement moins-disantes. Le risque serait de voir les achats se reporter vers des filières ne répondant pas toujours aux mêmes exigences environnementales, sociales ou de traçabilité, et d'encourager le développement de récoltes irrespectueuses des plantes et des milieux. Soutenir la filière française de cueillette professionnelle, c'est contribuer à préserver des pratiques durables, des savoir-faire et une gestion responsable de la ressource.
L'Association appelle également les pouvoirs publics à reconnaître les impacts du changement climatique sur les ressources végétales sauvages et sur les métiers qui en dépendent. L'adaptation de la filière nécessitera de renforcer les connaissances sur l'évolution des milieux, d'accompagner les professionnels et de soutenir les pratiques de cueillette durable.
Plus largement, ces défis invitent l'ensemble des acteurs à construire une véritable stratégie collective. Cueilleurs, entreprises utilisatrices, gestionnaires d'espaces naturels, chercheurs, pouvoirs publics et consommateurs ont tout intérêt à se réunir pour partager les constats, anticiper les évolutions de la ressource et construire des réponses communes.
À propos de l’AFC
Conscients de la dégradation généralisée de la biodiversité, d’une demande forte et croissante en plantes sauvages, et de l’impact potentiel des prélèvements sur les milieux, des cueilleuses et des cueilleurs professionnels créent l’AFC en 2011, avec pour missions :
- de promouvoir les bonnes pratiques de cueillette et de gestion ;
- d’agir collectivement pour la préservation des plantes sauvages cueillies et de leurs milieux ;
- de fédérer les cueilleurs professionnels autour de valeurs et de savoir-faire.
Elle regroupe plus de 250 adhérents : cueilleurs professionnels, entreprises utilisatrices, gestionnaires des territoires, amateurs, centres de formation, chercheurs… portant nos valeurs de respect de la nature et des humains.
Contact
Jonathan Locqueville
07 82 17 89 53
jonathan.locqueville@cueillettes-pro.org



