Famille Hypéricacées

Le Millepertuis

(Hypericum perforatum)

Qui ne connait pas cette plante lumineuse aux étamines rayonnantes, au moins par ses cousines horticoles très présentes dans les massifs urbains ? Ici c’est du millepertuis commun dont nous allons parler ou millepertuis perforé, Hypericum perforatum, appelé aussi Herbe aux mille trous ou Herba sanguinaria en catalan).

Celui qu’on nomme aussi Herbe de la St-Jean est une herbe solaire par excellence, lumineuse, avec ses étamines dorées et ses cinq pétales jaune-brillant. On la trouve au bord des chemins, dans les prés secs, les clairières et les coupes forestières, parfois même sur les bas-côtés des autoroutes ! Elle fleurit au printemps et en été, autour de la Saint Jean.

La levée de dormance de la graine est liée à une exposition forte au soleil, encore un lien avec la lumière ! C’est une plante pionnière qui aime les sols retournés ou bousculés, puis disparaît au bout de trois ou quatre ans après la perturbation. Elle est donc un peu nomade et, parole de cueilleur.euse, a tendance à se jouer de vous lorsque vous la cherchez.

Avec sa senteur balsamique, elle est réputée depuis le Moyen Age pour chasser les démons (on l’appelait d’ailleurs fuga daemonium), et autres créatures de l’ombre. La tradition veut que l’on récolte la plante le 24 juin au midi solaire mais il existe aussi d’autres rites où il est question de cueillir des gerbes de millepertuis, de les tresser en forme de croix ou en couronne et soit de les jeter dans le feu de la Saint Jean, soit de les exposer à la rosée du matin du 24 juin et de les accrocher sur les portes des maisons afin de porter bonheur toute l’année. Tout un programme de protection contre les démons ! C’est une tradition que l’on retrouve dans les Pyrénées, où se mêlent le millepertuis et les fleurs du jardin dans la confection d’un bouquet protecteur, à déposer chaque année devant la maison, la veille de la Saint Jean, afin qu’elle reçoive pour qu’elle reçoive la fameuse rosée du lendemain.

 

Sa réputation comme vulnéraire remonte à l’antiquité, et l’utilisation de cette huile rouge est une des rares préparations galéniques populaires qui ait traversé les siècles. Je me souviens de ma grand-mère cueillant les fleurs pour préparer cette macération huileuse au soleil !

©B. Hamel
©B. Hamel

La récolte s’effectue en pinçant sous le calice des fleurs ou à la base des sommités fleuries. On a souvent les doigts tachés d’un brun rouge violacé, dû à une substance, l’hypéricine ou plutôt protohypéricine, qui est phototoxique. Il faut donc être vigilant de ne pas se frotter les yeux ensuite !

En Autriche, les paysans plaçaient des rameaux de millepertuis entre deux tranches de pain et le donnait à manger au bétail afin de protéger les animaux des maladies pendant une année.

DESCRIPTION BOTANIQUE

©B. Hamel

Plante glabre herbacée de 40 à 80 cm de haut. La tige est demi ronde et montre 2 lignes saillantes plus ou moins marquées. Les feuilles, sessiles, sont opposées et de forme ovale obtuse. Les « mille trous » dont elles sont ponctuées sont en fait des glandes contenant une huile essentielle transparente. Les feuilles sont aussi bordées de points noirs qui sont aussi des glandes à huiles essentielles.

Les fleurs sont jaunes et en panicule en haut de la tige. Le calice a 5 sépales non ciliés et également ponctués de noir. L’ovaire à 3 loges est surmonté par 3 stigmates, il est entouré de 3 faisceaux d’étamines nombreuses. Le fruit est une capsules’ ouvrant jusqu’à la base et contenant de nombreuses graines.

Et voici une petit recette de  liqueur de ménage, le « ratafia de millepertuis » :

Faire infuser au soleil, pendant 15 jours, 25g de fleurs sèches de millepertuis perforé dans 1 litre d’eau de vie (45°) avec un citron coupé en morceaux. La liqueur devient d’un beau rouge, passer et exprimer, puis sucrer le liquide avec 60g de sucre ou à volonté. Cet alcool sera un apéritif ou un digestif, mais à consommer avec modération !

Sources pour cet article :

Amir, Magali, Vieuxremèdes de nos grands-mères, Éditions Ouest-France, 2021.

Lieutaghi, Pierre, Le livre des bonnes herbes,Actes Sud, 1996 (3ᵉ édition).

Delmas, Marie, Les mille recettes aux mille vertus, Magnard-Le François, 1990.

Ducerf, Gérard, Les plantes bioindicatrices, Éditions Promonature, 2013 (3ème édition).

Thévenin, Thierry, Les plantes sauvages, Les mots qui portent, 2008.

Treben, Maria, La santé à la pharmacie du Bon Dieu, Ennsthaler, 1992.